2021 : les métiers de la transition en plein essor

Métiers de la transition : comment reconnaître ceux qui ont de l’avenir ?

Les métiers qui perdurent répondent aux besoins essentiels de la société

Selon la théorie du psychologue Maslow, nos besoins s’inscrivent dans le cadre d’une hiérarchie. Ainsi, dans le travail par exemple, obtenir un salaire décent permettant de vivre (besoins physiologiques) est généralement prioritaire à la stabilité de l’emploi (besoins de sécurité), qui passe avant le sentiment d’être bien intégré dans l’entreprise (besoins d’appartenance), qui est lui-même plus important que le fait d’élargir ses compétences dans son poste (besoins d’accomplissement)…

La pyramide de Maslow (crédit photo : Tristan Duhamel)

Les métiers qui répondent aux besoins les plus fondamentaux sont donc ceux dont on peut le moins se passer, quels que soient les événements sanitaires, économiques, etc. La situation liée au Covid-19 a d’ailleurs largement questionné la place et la nature de ces fameux “emplois essentiels”. 

S’alimenter, avoir un toit au-dessus de nos têtes, vivre dans un habitat salubre, ne pas avoir trop froid (ou trop chaud), être en bonne santé, gérer nos déchets constituent des priorités pour tous. Par conséquent, les métiers autour de l’alimentation, des soins, de l’enfance, de l’habitat, de l’énergie, de l’assainissement, etc. perdureront quoi qu’il arrive.

Et ce sont aussi les premiers à devoir s’adapter aux enjeux environnementaux et sociaux, ce qui en font des “jobs à impact” stratégiques. 

Les nouvelles législations favorisent le développement de certains métiers de la transition

Un autre facteur qui joue sur le développement de certains secteurs de la transition est celui de la législation. Régulièrement, de nouvelles lois sont créées pour encadrer l’action des différents acteurs de la société (individus ou entreprises) d’un point de vue environnemental et/ou social, ce qui favorise l’emploi dans certains secteurs à impact.

Pour chacun de ces secteurs, de nombreux métiers sont concernés : non seulement ceux directement liés à l’activité spécifique, mais aussi ceux aux compétences transversales. Par exemple, le métier de réparateur est spécifique, mais pour qu’il ait lieu, de nombreuses activités sous-jacentes sont indispensables : en comptabilité, ressources humaines, développement web, etc.

Quelques exemples de lois qui ont un impact direct sur l’emploi dans la transition :

Le déploiement de l’indice de réparabilité (2021)

Cet indice déployé depuis le 1er janvier 2021 qui concerne la vente en magasin comme à distance est une note sur 10 affichée sur le produit permettant au consommateur de savoir si ce dernier est réparable ou non. L’objectif est donc de faire de la réparabilité un critère de choix de consommation, et d’atteindre 60 % de taux de réparation des produits électriques et électroniques d’ici 5 ans. 

Cela va donc naturellement favoriser les métiers liés à la réparation et l’économie circulaire : les emplois dans les recycleries et les ressourceries, les réparateurs de quartier aussi bien que dans les grandes enseignes qui vendent des équipements et gèrent le service après vente.

La loi Garot contre le gaspillage alimentaire (2016)

Cette loi, qui cible principalement les distributeurs de produits alimentaires, impose aux magasins alimentaires de plus de 400 m² de proposer une convention de don à des associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommables. Elle leur interdit également de rendre impropres à la consommation des invendus encore consommables.

C’est ce qui a permis à une entreprise comme Phénix de se développer dans 21 villes en France, où elle recrute régulièrement. Cette startup d’utilité sociale (dont le modèle économique est basé sur la défiscalisation du montant des dons) collecte des invendus alimentaires en bon état pour les distribuer à des associations.

La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (2020)

Cette loi du 10 février 2020 s’articule autour de plusieurs grandes orientations : réduire les déchets et sortir du plastique jetable, mieux informer le consommateur, agir contre le gaspillage, mieux produire et lutter contre les dépôts sauvages.

Elle a pour objectifs 100% de plastique recyclé d’ici 2025  ainsi que la fin du plastique jetable d’ici 2040. C’est grâce à cette loi qu’on a, entre autres, pu dire adieu depuis le début de l’année aux cotons-tiges, gobelets et assiettes jetables. 

Cette loi favorise le développement de la vente en vrac et des emballages consignés. C’est donc l’ensemble des secteurs du vrac (production, logistique, distribution, …) et de la consigne (emballages réutilisables, stations de lavage, transport des contenants…) qui sont dynamisés !

La loi sur l’épandage de pesticides près des habitations (2019)

Entré en vigueur le 1er janvier 2020, cet arrêté prévoit la mise en place de distances nationales minimales entre les zones d’épandage de pesticides et les zones d’habitation. Cette distance va de 5 à 20 mètres selon le type de culture et la nature des produits. Le début de l’année 2020 a également marqué la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes de pesticides.

Ce dispositif, encore insuffisant en l’état actuel pour faire face au problème des pesticides, constitue malgré tout un premier pas en faveur du développement de l’agriculture biologique. 

8 métiers de la transition qui vont se développer

Les métiers de la transition forment des écosystèmes qui boostent leur impact respectif

On ne le redira jamais assez, les emplois dans la transition ne se limitent pas à ceux étiquetés “développement durable” et “RSE” (Responsabilité Sociétale des Entreprises) dans les grandes entreprises ! Les métiers comme celui de consultant RSE ne représentent qu’une infime partie du vivier d’emplois qui contribuent positivement à la société.

Vous vous dites peut-être que thermicien ou installateur de toilettes sèches, c’est quand même moins glamour et que leur impact est très localisé, donc quasi-nul ? Pour l’aspect glamour, c’est à vous de voir, mais question impact, c’est une idée fausse. Ces métiers ont des répercussions plus tangibles et directes que ceux dans le conseil par exemple. 

Et lorsqu’un ensemble d’acteurs du changement œuvrent à leur échelle au sein d’un territoire, cela crée un mouvement vertueux qui amplifie l’impact de chacun : c’est la logique du colibri. Autre intérêt : les possibilités d’emploi ne sont alors plus circonscrites à la région parisienne, ce qui ouvrent de nombreuses opportunités quel que soit le lieu où vous vivez !

Panorama des métiers de la transition

Focus sur 8 métiers d’avenir dans la transition écologique et solidaire

Concrètement, voilà à quoi peut ressembler un écosystème de métiers vertueux. Nous avons pris le parti de mettre en avant ces métiers car ils répondent à des besoins fondamentaux (cf la pyramide Maslow), mais aussi parce qu’ils représentent chacun un secteur ou un domaine beaucoup plus large qui regroupe une multitude d’emplois différents qui requièrent des compétences variées.

Par exemple, pour qu’une entreprise de transport en vélo cargo fonctionne, elle nécessite, au-delà du métier de transporteur : des fabricants, des mécaniciens, des commerciaux, des communicants, des RH, des comptables, etc. Ces entreprises sont spécialisées dans le B2B, d’autres orientent leur offre vers les particuliers, certaines travaillent avec les municipalités. Elles peuvent être d’envergure nationale ou bien locale… Bref, un métier en cache bien d’autres !

8 métiers de la transition

Maraîcher biologique

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la crise sanitaire ! Depuis le premier confinement, la demande pour s’approvisionner auprès de producteurs locaux a explosé, entraînant le développement des circuits courts (voir l’exemple du Marché d’intérêt Local du Perche dans notre article sur l’impact du Covid sur l’emploi dans la transition). 

Une initiative qui soutient la filière : le mouvement citoyen Terre de Liens qui facilite l’accès aux terres pour développer des activités biologiques et paysannes.

Les enjeux en lien avec ce métier : agriculture biologique et locale, alimentation durable, circuit court, autonomie alimentaire des territoires, relocalisation, santé.

Chiffres clés : En 2020, l’agriculture biologique représente 179 500 emplois directs, avec une progression de plus de 15% depuis 2018 (Ministère de l’agriculture et de l’alimentation). 

Elle travaille dans ce secteur : Marion, Responsable de la Communication et du Pôle Influence de Fermes d’Avenir.

Epicier vrac 

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire du 11 février 2020, qui précise la définition de la vente en vrac, donne le droit pour tous les produits d’être vendus en vrac sauf pour motif de santé publique, et officialise la pratique des contenants réutilisables pour les consommateurs.

Une initiative qui soutient la filière : Réseau Vrac, l’organisation professionnelle dédiée à la promotion du vrac en France dans le monde, qui propose notamment une carte interactive des épiceries vrac ainsi que des formations professionnelles.

Les enjeux en lien avec ce métier : zéro déchet, circuit court, distribution de produits biologiques et locaux, alimentation durable.

Chiffres clés : Le marché du vrac en France a représenté 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2019, soit une croissance de 41 % sur un an (Business France).

Elle travaille dans ce secteur : Daisy, épicière vrac à Marseille

Transporteur en vélo cargo 

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la crise du Covid-19 qui a entraîné une explosion de la livraison à domicile de produits alimentaires, l’innovation technologique qui a rendu ce mode de transport plus léger et plus maniable, la difficulté croissante de circuler en centre-ville et l’impact que cela représente en termes de coût de livraison.

Les différents acteurs de la filière : les municipalités (vélos cargo de propreté urbaine par exemple), les entreprises qui ont une activité économique sur le dernier kilomètre (distributeurs de proximité, coursiers, artisans…), les restaurateurs en Food Bikes, les fabricants (majoritairement des PME)…

Les enjeux en lien avec ce métier : logistique durable, mobilité urbaine, réduction de l’empreinte carbone, pollution en milieu urbain, circuit court, le “dernier kilomètre de livraison”.

Chiffres clés : On estime entre  5 000 et 10 000 le nombre de vélos cargo qui circulent déjà en France. Sur ce créneau, la croissance est très forte, d’au moins 30% par an, soit un chiffre comparable à celle enregistrée sur le marché allemand de 40 à 45% par an (Avise).

Ils travaillent dans ce secteur : l’équipe de la Tricyclerie qui organise la collecte des déchets organiques en vélo à Nantes pour un compostage local, celle des Alchimistes un peu partout en France ou les déménageurs solidaires de Carton Plein.

Réparateur de vélo

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : l’engouement pour les modes de transport “doux” dont le vélo fait partie, le développement de la demande pour le vélo électrique, l’accélération des aménagements cyclables.

Une initiative qui soutient la filière : le programme Coup de Pouce Vélo lancé par le ministère de la Transition écologique et solidaire en partenariat avec la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), afin d’encourager l’usage du vélo comme moyen de transport. On peut notamment retrouver sur leur site la liste des réparateurs en France.

Les enjeux en lien avec ce métier : mobilité douce, écomobilité, économie circulaire, zéro déchet.

Chiffres clés : avec le dispositif Coup de Pouce Vélo, près de 175 000 réparations ont été finalisées chez 2 960 professionnels selon la FUB. Le succès de l’opération a permis de mettre en évidence le manque de professionnels, ce qui a conduit Élisabeth Borne à annoncer la création d’une filière destinée à former des mécaniciens vélo supplémentaires. Plus d’infos sur les formations ici

Il travaille dans ce secteur : Clément, réparateur vélo

Artisan conserveur solidaire

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la loi anti-gaspillage de 2016 qui oblige les magasins alimentaires à faire don de leurs invendus, l’essor des conserveries artisanales du à la recherche de qualité et d’authenticité par les consommateurs.

Une initiative qui soutient la filière : Coloc’ 2 Chefs, qui accompagne et forme les porteurs de projet de conserverie artisanale.

Les enjeux en lien avec ce métier : zéro déchet, anti-gaspillage alimentaire, alimentation durable, valorisation des invendus, économie circulaire, insertion par l’emploi.

Chiffres clés : 10 millions de tonnes : c’est le poids annuel du gaspillage alimentaire estimé chaque année en France (France Nature Environnement). 

Ils travaillent dans ce secteur : l’équipe des Confitures Rebelle ou celle de J’aime Bo’coh.

Maître composteur

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la Loi de transition énergétique votée en 2015 qui prévoit la généralisation du tri à la source des biodéchets à l’horizon 2025. Chaque citoyen devra alors disposer d’une solution pour trier ses déchets alimentaires et de jardin séparément.

Une initiative qui soutient la filière : Le Réseau Compost Citoyen qui met à disposition des outils développés collaborativement avec ses membres et ses partenaires sur la plateforme Les Activateurs.

Les enjeux en lien avec ce métier : zéro déchet, économie circulaire, préservation des sols, valorisation organique, agriculture durable

Chiffres clés : Un tiers de nos déchets ménagers sont des biodéchets majoritairement brûlés ou enfouis ce qui est très polluant (cf. campagne Je veux mon bac bio), 2,1 millions de tonnes de compost ont été produites en 2010 (enquête ITOM 2010) et  on compte déjà un peu plus de 300 maîtres-composteurs en France (HuffingtonPost).

Il travaille dans ce secteur : Benoît, formateur et maître-composteur

Chef cuisinier anti-gaspi

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : Depuis 2016, tous les restaurants produisant plus de 10 tonnes de biodéchets par an doivent pouvoir prouver la mise en place de solutions pour lutter contre le gaspillage. D’ici 2025, ce dispositif s’appliquera à l’ensemble des restaurants. 

Une initiative qui soutient la filière : l’entreprise sociale et solidaire Framheim qui a lancé fin 2017 un label mettant à l’honneur les restaurants engagés dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, ou bien les applications de lutte contre le gaspillage comme Too Good To Go.

Les enjeux en lien avec ce métier : lutte contre le gaspillage alimentaire, gastronomie responsable, zéro déchet, compostage

Chiffres clés : La restauration est responsable de 14% du gaspillage alimentaire en France et un tiers des frites produites ou achetées par certains restaurants finissent à la poubelle (Framheim).

Ils travaillent dans ce secteur : La Table de la Ressourcerie Créative, Simone Lemon, Chicon Pressé, Markotte, Pur etc.

Laveur d’emballages consignés

Ce qui booste les emplois dans ce domaine : la loi concernant la restriction des objets en plastique à usage unique, qui prévoit notamment la fin de la livraison systématique de couverts et de sauces dès le 1er mars 2021, un objectif de 50% des emballages livrés sans plastique à usage unique d’ici le 1er janvier 2022 puis 70% au 1er janvier 2023, mais aussi le développement de la vente à emporter suite aux restrictions sanitaires qui fait des emballages alimentaires un enjeu majeur.

Une initiative qui soutient la filière : La charte d’engagement signée en février 2021 par 19 acteurs de la livraison de repas avec le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, parallèlement à l’essor du marché de la livraison de repas renforcé par la crise sanitaire.

Les enjeux en lien avec ce métier : développement de la consigne et du vrac, zéro déchet, logistique.

Chiffres clés : Le marché de la livraison de repas progresse chaque année de 20 % (Ministère de l’Ecologie), plus de 6 jeunes sur 10 changent de marques en raison des emballages (Process Alimentaire) et selon plusieurs études, lavées dans un périmètre inférieur à 300 km, les bouteilles en verre rejettent 80 % de gaz à effet de serre en moins que lorsqu’elles sont recyclées.

Ils travaillent dans ce secteur : Gérard, fondateur de Jean Bouteille (solutions de consignes et de vente en vrac liquides), mais aussi les équipes de Reconcil, un service d’emballages consignés et réutilisables, ou celle de Uzaje, qui propose des solutions industrielles pour la réutilisation des emballages à grande échelle.

Sophie

Chargée de communication


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