Intraprendre : Anne, l’innovation positive chez Orange

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Plan de l'article

Afin de vous aider à trouver le job de sens qui est fait pour vous, des heureux travailleurs ont gentiment accepté de partager un bout de leur histoire…

Qui es-tu ?

“Je m’appelle Anne, je travaille chez Orange comme responsable marketing et coach innovation positive.

Il y a 6 ans, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions sur mon métier. J’ai fait un premier bilan de parcours professionnel avec l’APEC. Cela m’a permis de me rendre compte de trois choses importantes pour moi : l’ouverture d’Orange à la bienveillance et à la prise d’initiative, la possibilité de nourrir ma curiosité dans mon domaine, celui de l’innovation et enfin, l’envie nouvelle d’orienter ma vie professionnelle autour du développement durable.”

Quel a été ton premier déclic ?

“Je suis allée au salon Produrable, où j’ai entendu parler plusieurs fois d’innovation positive (intégrer le développement durable au cœur de l’innovation), un sujet qui m’a vraiment interpellée. Je me suis réellement interrogée sur la façon d’intégrer cela dans mon entreprise, et ça a été mon fil conducteur pour en arriver à ce que je fais aujourd’hui.

J’ai parlé de ce sujet à Sonia, une collègue responsable développement durable qui tentait depuis des années d’introduire l’éco conception chez Orange. Nous avons alors décidé de développer l’innovation positive ensemble en intrapreneuses. 

J’ai convaincu cinq collègues de suivre une formation avec moi sur le sujet avec Utopies, un cabinet de conseil en RSE pour les entreprises, afin d’apprendre à intégrer les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de nos offres. Cette expérience m’a vraiment confortée dans mon envie d’intégrer ce sujet car je savais qu’il serait bénéfique pour l’entreprise, dans la mesure où il prépare son avenir.

Je suis repartie avec des outils assez nouveaux à l’époque, liés au business model, au design thinking et au lean startup. En termes de méthodes d’innovation, c’était révolutionnaire. J’avais envie que les marketeurs s’emparent de ces méthodes, au-delà de la dimension de durabilité.”

Comment a débuté ta transition ?

“Avec Sonia, nous avons ensuite réuni des volontaires autour d’ateliers pour réfléchir à l’intégration de l’innovation positive dans l’entreprise.

Durant l’un d’eux, j’ai appris que 5 millions de personnes pauvres en France n’avaient pas accès à internet, ce qui m’a vraiment marquée. De nos jours, sans numérique, comment suivre la scolarité de ses enfants, trouver un logement, un travail, etc. ? Ces personnes sont dans une double précarité : numérique et financière. 

Nous avons alors rencontré des associations accompagnant des personnes en précarité pour comprendre les besoins et les problèmes, et esquisser des axes de collaboration. Nous avons ensuite convaincu l’équipe RSE du groupe d’organiser un dialogue avec nos parties prenantes sur le sujet, dialogue qui fut suivi d’une conférence au cours de laquelle Orange a pris des engagements concrets sur le sujet. Enfin, nous avons pu lancer un projet de conception créative pour concrétiser cela.

C’est ainsi qu’est née l’offre Coup de pouce Livebox, une offre d’accès à Internet sans engagement dont le modèle économique est équilibré, avec un prix le plus bas possible et stable dans le temps. Les clients ont aussi la possibilité d’acheter un ordinateur reconditionné de bonne qualité et d’accéder à des ateliers gratuits de formation au numérique.

Notre modèle de distribution s’appuie sur les prescripteurs présents parmi nos parties prenantes : des associations, Pôle Emploi, la CAF, des agences de travail temporaire, des bailleurs sociaux et toutes autres entités en contact avec des foyers en précarité. 

Ce projet nous a appris à faire de l’innovation autrement, en impliquant les différents acteurs pour trouver des solutions et créer ensemble. Nous nous sommes aussi alliés à un action tank Entreprise et Pauvreté spécialisé dans l’accompagnement des entreprises pour contribuer à la réduction de la pauvreté en France.

En novembre 2021, notre équipe a participé à “l’engagement maker”, un challenge d’Orange au niveau international qui récompense les actions des salariés conciliant performance économique et approche durable. L’offre Coup de pouce Livebox a remporté le prix de l’inclusion numérique, ce qui est une grande fierté pour toutes les personnes impliquées dans le projet.”

Comment s’est passé ton expérience avec Mon Job de Sens ?

“J’ai suivi le parcours Mon Job de Sens en mars 2021, que j’ai connu par une amie. Je sentais que je devais prendre du temps pour la prochaine étape de ma transition, la formule proposée était compatible avec ma vie professionnelle très dense, donc c’était ce qu’il me fallait. 

Cet accompagnement m’a permis de recentrer mes différentes étapes de réflexion. J’ai enfin compris mes talents, mes centres d’intérêts, et j’ai pu élaborer des scénarios de vie.

Le parcours a été extraordinaire pour moi car j’avais besoin de clarifier tous les projets que j’avais en tête depuis des années. Cela m’a aidée à lister mes scénarios, les tester en contactant des professionnels déjà engagés dans ces métiers et ainsi les prioriser. J’ai découvert les notions de coopératives et de CAE (Coopératives d’Activité et d’Emploi), un domaine que j’aimerais connaître un peu plus.

Il y a 3 ans, lorsque j’ai vraiment pris conscience de l’urgence climatique et de l’effondrement de la biodiversité, je me suis intéressée à la permaculture. J’ai réalisé une initiation et suivi un CCP (Cours Certifié en Permaculture) permettant d’acquérir de bonnes bases rapidement.

Parmi les scénarios possibles, j’avais l’idée de faire du maraîchage dans une ferme, ou de créer un lieu inspirant comme la ferme Nature et découvertes à Versailles accueillant des entreprises, un projet qui collait bien avec mon parcours. Mais je me suis rendue compte que je n’étais pas prête à m’engager autant dans ces projets à mon âge.

Puis j’ai échangé avec un responsable d’un jardin de Cocagne en Région parisienne, une exploitation maraîchère biologique à vocation d’insertion sociale et professionnelle. Ayant un parcours similaire au mien, il m’a fait prendre conscience que j’avais des compétences précieuses à exploiter autrement, sans avoir besoin de tout réapprendre. Ça a été l’argument choc.

Le réseau de Mon Job de Sens m’a été très bénéfique, j’ai contacté d’anciens transitionneurs ayant des centres d’intérêts autour du climat. Ces échanges m’ont rassurée sur mes capacités et j’envisage d’en recontacter certains pour voir s’il est possible de développer des choses ensemble. J’ai adoré l’atelier ikigai, c’est là que toutes les briques se sont positionnées. C’était un bel exercice pour terminer le parcours, je m’y réfère encore aujourd’hui.”

Quelle est ton activité aujourd’hui ?

“Dans ma nouvelle transition, je suis toujours dans le marketing chez Orange, mais à mi-temps suite à mon parcours chez Mon Job de sens. J’anime des formations et j’accompagne les équipes qui conçoivent les produits et services d’Orange afin qu’elles intègrent la dimension RSE au cœur de leur proposition de valeurs. Par exemple, nous avons réussi à diviser par deux l’empreinte carbone d’un décodeur TV et réduit de 29% celle de la Livebox 5, en centrant la conception sur les fonctions essentielles pour nos clients, en intégrant du plastique recyclé, en réduisant la consommation énergétique…

Avec mes collègues, nous avons également élaboré une formation au marketing responsable, en co-création et co-animation avec Greenflex, un cabinet de conseil français spécialiste de la RSE et du développement durable. Nous formons une vingtaine de personnes par mois, afin de leur donner les moyens d’agir pour s’engager vers une performance économique durable et ainsi préparer l’avenir d’Orange.

Sur mon autre mi-temps en dehors d’Orange, j’agis essentiellement bénévolement sur mon territoire via une association locale en animant des ateliers de sensibilisation climat (Fresque du climat, Inventons nos vies bas carbone), des trocs de graines etc. Plus tard, j’envisage de mettre en place une activité d’accompagnement d’entreprises pour définir avec elles leur stratégie bas carbone.

Je n’ai pris conscience que récemment de mon intérêt d’être consultante en stratégie bas carbone pour les entreprises et je n’ai pas encore pris le temps de me poser sur les différentes étapes. Mais pour avancer, je vais continuer à contacter des personnes du milieu et mettre en avant mes compétences pour voir jusqu’où je peux aller avant de m’engager dans des accompagnements.

En l’espace de 2 ans, j’ai complètement transformé mon travail. J’ai profité d’une réorganisation dans ma boite pour quitter mon poste en management et dégager du temps pour développer mon projet professionnel. En alignant mes valeurs, mes idées, mes actes et les objectifs stratégiques de l’entreprise, j’ai pu développer un fort pouvoir de conviction donc l’entreprise a confiance et me permet de développer ces différentes initiatives. Je suis personnellement engagée et j’ai voulu retranscrire ça dans mon métier.”

Qu’est-ce qui te plait dans ta situation actuelle ?

“En temps partiel, je ne peux pas faire autant de choses qu’avant chez Orange, mais un réseau de correspondants RSE s’est créé dans mon entité pour développer les initiatives. Nous partageons nos expériences afin d’apprendre les uns des autres. Par exemple, un collègue travaillant dans le sourcing des accessoires téléphoniques a acquis un vrai savoir-faire pour convaincre les fournisseurs de revoir leur packaging ou leurs produits et ainsi réduire l’impact environnemental. Il a partagé ce savoir-faire avec nous.

Ce que j’aime, c’est le développement de projets en collectif. Ma conviction est qu’intégrer la RSE au cœur de l’entreprise doit venir des collaborateurs acteurs des projets, et non pas d’experts en RSE. Mon expérience a montré l’efficacité de solliciter l’intelligence collective pour décider ensemble de ce que nous voulons mettre en place. 

Grâce à mon réseau chez Orange, je sais vers qui me tourner pour trouver les bons experts. Une fois les priorités établies, nous réfléchissons à la réduction de notre impact environnemental pour ensuite tester et introduire les idées dans la feuille de route. Mon rôle est de réunir des collectifs et leur faire comprendre les enjeux de responsabilité, imaginer des solutions et les développer.

Concrètement, c’est de l’accompagnement, de la facilitation d’équipe projet et de la mise en relation pour aiguiller les personnes grâce à mon expérience et mon réseau.”

Es-tu aussi engagée en dehors de ton travail ?

“Dans ma vie personnelle, je voulais aussi agir localement. Avec deux amies rencontrées chez Orange, nous avons créé l’association Les Petits Pois sont Verts, basée à Clamart près de Paris. 

Nous avons mis à profit nos compétences professionnelles pour préparer et animer un atelier qui a réuni une cinquantaine d’habitants de notre ville. Ils ont alors choisi trois sujets d’actions : la végétalisation de la ville, le zéro déchet et la cantine.

Nous avons alors créé un cercle d’animation en gouvernance partagée, inspiré de la gouvernance adaptative du monde de l’entreprise, et qui s’articule autour du partage et de l’holacratie.

Malgré la crise sanitaire et le manque de lien social pour une association naissante, nous avons réussi à mener à bien quelques actions : ateliers Fresque du Climat, sensibilisation zéro déchet, un troc de graines en mars 2021. Entre 2 confinements, une cinquantaine de personnes, jardiniers expérimentés ou familles novices, se sont retrouvées pour échanger leurs graines ou recevoir des conseils de jardiniers, ce qui a créé un vrai lien social et de belles rencontres.

Ayant constaté un essoufflement de nos modes d’action, nous avons proposé un autre fonctionnement avec les “graines de pois”. Ce sont des projets limités dans le temps avec un livrable. Par exemple, organiser 3 ateliers climat dans les 3 mois à venir, une session de “courses zéro déchet à Clamart” ou encore une conférence sur la permaculture.

Je suis beaucoup dans une logique de test and learn : tester et voir si ça fonctionne. 100% inspiré du monde de l’entreprise et c’est là que je trouve les synergies monde de l’entreprise-monde associatif très riches ! ”

Des conseils à partager ?

“Selon moi, pour qu’une entreprise perdure, la dimension de responsabilité doit être au cœur de son business. Ma conviction : “il n’y a pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd”.

Régler le problème de dissonance que j’avais m’a fait du bien. Pour celles et ceux qui sont dans une phase de doute, qui hésitent à quitter leur boîte ou entreprendre une transition, je pense que c’est avant tout un travail personnel: savoir quels sont les sujets qui nous intéressent et sur lesquels on veut agir, les changements climatiques, la biodiversité, l’inclusion, etc. 

A partir de là, il faut voir quelle est l’adhérence entre son métier et son centre d’intérêt. Puis il faut identifier des personnes dans son entourage professionnel que l’on sent positives à cette réflexion. Le but est d’échanger ensemble, lister des possibilités et présenter l’idée au manager en appuyant sur l’importance pour l’entreprise de prendre en compte cette dimension de responsabilité au cœur de so business.

En tout cas c’est ce que j’ai fait ! 

J’adore l’idée d’agir en interne. Avec ce que j’ai mis en place, les personnes qui se sentaient peu concernées par les enjeux responsables commencent à réfléchir et s’engagent à leur tour. C’est un réel avantage de montrer aux gens que l’on est aligné car ça amène une vraie réflexion entre la vie personnelle et le business de l’entreprise.

Pour moi, travailler en binôme dans ce projet d’intrapreneuriat a été capital. Je me sentais plus courageuse et nous nous complétions par nos atouts respectifs. Le collectif est bien plus motivant, c’est plus facile pour oser proposer son projet par exemple. Je pense que je ne l’aurais pas fait toute seule.

Dans les formations que j’anime, je conseille d’agir là où l’on est, qu’on peut avoir un impact sur le sujet qui nous anime. Si j’ai réussi à le faire, je pense que tout le monde le peut.”

Un grand merci, Anne, pour ton témoignage !

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