Annick a lâché l’informatique pour monter son bureau d’études environnemental, portrait #6

Afin de vous aider à trouver le job de sens qui est fait pour vous, des heureux travailleurs ont gentiment accepté de partager un bout de leur histoire …

1. Qui es-tu ? A quoi ressemble ta vie professionnelle ?

« Je m’appelle Annick Lacout, et je suis la fondatrice et directrice associée de AEFEL (Agir Ensemble pour une Faible Empreinte écoLogique). Notre bureau d’étude a été fondé en 2009, et nous sommes deux associées depuis 2013. Nous accompagnons nos clients (collectivités et entreprises) dans la transition écologique, essentiellement sur des thématiques déchets et ressources.

Nous réalisons des études pour des collectivités, pour l’ADEME, des accompagnements de politiques publiques. Cela implique des présences chez les clients mais aussi beaucoup de travail de bureau, de temps passé sur son ordinateur. J’aime plus particulièrement les missions qui impliquent une forte présence sur le terrain. Par exemple, avec un de mes partenaires nous réalisons des opérations marché éco-responsable et prenons en charge pendant une journée pilote l’ensemble des déchets d’un marché alimentaire. Nous avons les mains dedans toute la journée, et j’adore ça…« 

2. Quel est ton parcours et comment s’est passé ton déclic pour chercher ton job de sens ?

« Titulaire d’un DESS Informatique, j’ai d’abord eu une carrière classique de responsable de projets informatiques dans des SSII puis 10 ans chez un gros opérateur téléphonique. J’y ai vécu de très beaux moments en travaillant sur des projets passionnants et surtout avec des belles équipes. Mais il est venu un moment où les évolutions stratégiques de l’entreprise, ainsi que les nouveaux modes de management sont devenus difficiles à vivre pour moi. Ils heurtaient mes valeurs, ce qui créé un sentiment de malaise. Sans savoir où cela allait me mener, j’ai fait un bilan de compétences. Celui-ci m’a permis de me rappeler que ce qui était important pour moi était l’écologie, l’environnement. Ces « valeurs », je les avais mises de côté pendant ces années où j’ai élevé mes enfants et ai travaillé dans la norme. Pour permettre cette évolution, j’ai repris mes études en parallèle de mon activité professionnelle moyennant un auto-financement et quelques aménagements horaires consentis par mon employeur, et ai ainsi obtenu à Paris Dauphine un Master 2 Développement Durable et Organisations. Ce Master est vraiment ce qui a changé ma vie : les enseignements reçus, les rencontres avec les autres « étudiants » (il s’agit d’un master en formation continue, nous étions tous en postes et plus que trentenaires), la prise de conscience de l’importances des enjeux autour de ce qu’on pouvait encore appeler le développement durable… Une fois diplômée, s’est présentée l’opportunité d’un PDV (plan de départ volontaire) qui m’a permis de quitter l’entreprise avec un bon filet de sécurité : indemnité de départ, soutien d’un cabinet de reclassement, droit aux indemnités chômage.« 

3. Comment es-tu arrivée dans ton job actuel ?

« Une fois mon diplôme obtenu, j’ai ressenti une forme d’urgence. Il fallait que j’y aille, que je participe à la bataille… Par exemple, je ne me voyais pas faire de la RSE dans un grand groupe. J’avais vu l’envers de ce décor, pas pour moi… C’est pourquoi j’ai choisi de créer mon entreprise sous la forme d’un bureau d’études. Je dois dire que si on m’avait dit que j’allais créer une entreprise quelques années plus tôt, cela m’aurait bien fait rire.

Normalement, ce que conseillent les coachs ainsi que notre directrice d’études à Dauphine, c’est d’envisager ce type de reconversion comme une nouvelle corde à son arc, ajouter la compétence développement durable par exemple à celle de l’informatique. Cela permet d’évoluer dans un milieu déjà connu, de ne pas perdre tous ses repères. J’avoue que j’ai fait tout le contraire. J’avais trop besoin de tourner la page. Mes premiers clients étaient des collectivités territoriales, un monde totalement inconnu pour moi, et j’ai très vite investi le secteur des déchets. Pourtant, la mayonnaise a pris, et l’entreprise a développé une belle notoriété dans ce secteur d’activité. Il faut dire que les déchets sont un formidable prisme pour amener les changements nécessaires. »

4. Questions pratiques : comment gères-tu ton équilibre vie pro/vie perso ? Comment se déroulent tes journées de travail ? Accepterais-tu de dire quel est ton salaire ?

« Mon bureau est à mon domicile, donc mon temps de trajet se limite à monter un escalier. J’évite ainsi les temps de trajet, mais parfois, surtout les semaines où il y a beaucoup de travail de bureau, le manque de contacts humains et de vie sociale se fait sentir. Je compense en me rendant le midi dans une salle de sport toute proche. Sans cela, ma santé en aurait pâti, je pense.

Je me déplace dans toute la France, une ou deux fois par mois, essentiellement pour animer des formations. Encore un volet passionnant dans cette nouvelle vie !

Quant à mon salaire, il est bien inférieur à ce que je gagnais dans ma vie précédente, et on n’est jamais sûrs du lendemain. Cependant, jusque-là il (avec celui de mon conjoint), a suffi à nos besoins lesquels ont été mis en adéquation avec nos convictions. Notre contribution à la société de consommation a été très fortement réduite, et c’est tant mieux. AEFEL fait un chiffre d’affaires de l’ordre de 120 000€ par an, mais il est partagé avec les partenaires avec lesquels nous travaillons sur les différentes missions.« 

5. Quel serait ton conseil pour quelqu’un qui cherche son job de sens ? Est-ce que ton secteur recrute ?

« Je dirais que quand on sent que son parcours actuel a atteint ses limites, en particulier quand on n’est plus en phase avec ses valeurs, il faut foncer. Le bilan de compétences reste un outil très utile pour faire le point sur ses compétences et sur ses désirs profonds. J’observe qu’il faut bien 2 ans pour se stabiliser dans un métier de conseil, le support des indemnités chômage est quasi indispensable pour pouvoir se lancer. Il faut penser aux délais de prospection puis aux délais de paiement des clients. Il faut s’être constitué une bonne trésorerie pour supporter des cycles qui peuvent aller jusqu’à un an.« 

 

Un grand merci Annick de ton témoignage !

Laura Caniot-Genevois

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