Benjamin, l’entrepreneur social qui fait bouger les lignes avec une boulangerie

Afin de vous aider à trouver le job de sens qui est fait pour vous, des heureux travailleurs ont gentiment accepté de partager un bout de leur histoire…

Qui es-tu ? Quel est ton parcours ?

“Je m’appelle Benjamin, j’ai 46 ans et je suis le cofondateur de Bou’Sol, un réseau de boulangeries solidaires.

J’habite à Marseille, mais mes racines sont dans le Vercors, où mes grands-parents étaient agriculteurs. Ainsi, dès l’enfance j’ai eu un lien important à la terre et au monde agricole.

J’ai effectué un cursus scolaire plutôt tourné vers l’économie et la politique internationale. J’ai ensuite participé à une coopération à l’international au Maroc, qui a été un élément important pour moi dans la compréhension des divergences culturelles et dans l’accompagnement et la mise en place de projet. 

Une fois rentré en France, j’ai découvert par hasard le réseau France Active dédié aux entrepreneurs engagés, que j’ai rejoint pour y faire de l’accompagnement à la création d’entreprise. Cela m’a amené à m’installer dans la région de Marseille, où j’ai eu la responsabilité du dispositif local d’accompagnement. Ce travail consistait à réaliser des diagnostics d’associations et de structures d’insertion, et de travailler sur des problématiques et des plans d’accompagnement.

L’un des premiers projets a été l’association Pain et Partage, une association créée par des bénévoles marseillais qui avait pour vocation d’accompagner la population roumaine à retrouver une certaine autonomie dans sa production de pain sur son territoire grâce à l’envoi de matériel et la formation de locaux en boulangerie.

C’est ainsi que je suis devenu bénévole administratif de Pain et Partage, en parallèle de mon emploi salarié pour France Active. Aujourd’hui, Pain et Partage est devenu Bou’Sol, un réseau national de boulangeries solidaires que j’ai co-fondé avec Samuel Mougin.”

Comment est né le projet Bou’sol ?

“L’action de Pain et Partage s’est progressivement recentrée sur le territoire marseillais. Et à partir de 2005, un chantier d’insertion a été créé, permettant d’offrir des opportunités par le métier de la boulangerie à des personnes en situation d’exclusion sociale sur Marseille. Le projet m’a vraiment intéressé, j’avais envie de m’investir dans la structure et de mettre à disposition mes compétences, notamment au niveau de la gestion financière et du développement stratégique.

J’ai aussi croisé la route de Samuel Mougin, qui était co-directeur d’une structure d’insertion et travaillait non loin des bureaux de Pain et Partage. Je l’ai donc invité à me rejoindre pour participer à la stratégie du projet. Notre réflexion commune nous a amenés à réaliser que nous souhaitions porter un projet encore plus ambitieux que ce qu’il était déjà, avec le développement durable comme colonne vertébrale : du solidaire, du circuit court, du bio…

Il y a eu deux éléments déclencheurs pour passer à l’acte entrepreneurial : 

  • Tout d’abord, la collaboration avec l’entreprise Idex sur un projet de création de laboratoire de boulangerie au sein du pénitencier de Toulon La Farlède. Cette expérience nous a permis de réaliser que nous avions les compétences pour accompagner des porteurs de projet à créer une boulangerie.
  • Ensuite, la collaboration avec le groupe Sodexo, qui nous a sollicité pour faire du pain à partir de farine bio. Cette action a été remarquée par les élus et décideurs politiques, ce qui nous a permis de booster notre activité et de nous lancer dans lae voie du bio.

Après cela, en 2010, Samuel et moi avons écrit la feuille de route du projet stratégique, que nous continuons de mettre en œuvre encore aujourd’hui. Le projet Bou’Sol (contraction de Boulangerie Solidaire) était né !

Le soutien important du conseil régional nous a ensuite permis de passer de l’idée au projet. Nous nous sommes donnés 2 ans pour conceptualiser et modéliser le concept de boulangerie solidaire, à savoir, du bio, du local et du solidaire. Samuel a quitté son emploi tandis que j’ai conservé mon poste chez France Active pendant 2 ans avant de me consacrer à temps plein au projet. 

Puis nous avons ouvert notre première boulangerie à Montpellier.”

Et aujourd’hui ?

“Aujourd’hui, les idées fondamentales que nous avions posées en 2010 continuent d’animer le projet, même si elles évoluent parfois. Par exemple, nous n’avions pas considéré la dimension capitalistique comme une finalité à l’origine. Mais la boulangerie demande un capital important, car c’est une activité qui nécessite un matériel coûteux. Hors, il est difficile d’attirer des investisseurs avec une structure de type coopérative.

L’activité de Bou’Sol est donc tournée vers la production et la livraison de pain bio, local et solidaire à destination de la restauration collective. Nous travaillons sur quatre segments d’activité :

  • la restauration scolaire, de la crèche à l’université
  • la restauration d’entreprise 
  • la restauration dans le médico-social : hôpitaux, cliniques, maisons de retraite, centres d’hébergement de réinsertion sociale, instituts médico-éducatifs…
  • la restauration dans le secteur caritatif et pénitentiaire

Notre but est de faire de la qualité artisanale et sortir de la logique des grands comptes de la restauration collective, dans laquelle le pain est considéré comme un goodies qui est donné et non vendu. On cherche donc à faire changer ce paradigme pour passer d’un produit de mauvaise qualité distribué largement (et dont une part importante sera jetée et perdue) à un meilleur produit vendu en plus petite quantité, mais avec moins de perte. Miser sur la qualité (fermentation longue au levain, farine biologique) permet donc de limiter le gaspillage.

Nous avons également comme objectif de déconstruire certains préjugés : 

  • “C’est un métier trop physique pour les femmes ou les plus de 45 ans” : on fait attention à la pénibilité du travail en utilisant du matériel adéquat, permettant à un plus grand nombre de personnes d’accéder à l’emploi
  • Déconstruire l’image négative des roms en les aidant à se réinsérer grâce à leur travail en boulangerie 

Aujourd’hui, notre première boulangerie à Montpellier fait 400 m², le montant des investissements réalisés depuis son ouverture en 2015 s’élève à environ 700 000€ pour un chiffre d’affaires d’environ 2 millions d’euros et 30 personnes salariées. On a ouvert d’autres établissements à Marseille, Lyon, Bordeaux …”

Ta plus grande fierté dans ce projet ?

“Entre 2013 et aujourd’hui, nous sommes passés d’une structure dans laquelle nous étions une vingtaine de personnes (dont 15 en insertion) à 90 personnes (dont environ 70 en insertion). 

Par ailleurs, toute notre production est en circuit court, ce qui nous donne un véritable impact de filière sur le secteur agricole. Par rapport à mon vécu, c’était important de ne travailler qu’avec des agriculteurs locaux. Je suis également fier que mes enfants mangent tous les jours ce pain-là à l’école.”

Quels profils recrutez-vous ?

“La compétence technique n’est pas l’élément primordial, ce sont avant tout des envies et des aptitudes que nous recherchons, ainsi qu’une certaine fibre entrepreneuriale. Des personnes qui ont envie de s’impliquer et s’investir dans le projet, afin que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice et participer à l’intelligence collective. Ce sont les implications sociétales (comme les engagements bénévoles) plus que le parcours professionnel des candidats que l’on prend en compte dans le recrutement. Cela donne des indices sur l’ouverture aux autres, sur l’engagement citoyen… 

Nous sommes des acteurs de la transition écologique et solidaire, nous voulons montrer qu’il est possible de faire les choses différemment au sein d’une activité économique. Nous cherchons donc des profils sensibles à ces préoccupations, qui partagent cette conscience-là.”

Des conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans l’entrepreneuriat ?

“Il ne faut pas avoir peur de faire le grand saut, c’est parfois anxiogène et difficile à vivre, on embarque son entourage également, mais c’est riche, on se découvre des talents et des savoir-faire.

Se lancer dans un projet à plusieurs est un élément motivant et une source de richesse forte. Sans Samuel, je n’aurais pas franchi le pas, nous sommes complémentaires dans ce que nous savons faire ou ne pas faire. “

Benjamin Borel était l’invité d’une de nos webconférences. Vous pouvez retrouver l’intégralité de son intervention en replay.


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